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Saïd Taghmaoui : la gloire de l’outsider

Said Taghmaoui

Notre rendez-vous hebdomadaire revient cette semaine avec une de nos Figures les plus Emblématiques de notre royaume ! Cet Homme, est pour nous une figure incontournable du cinéma. Acteur à la carrière internationale, présenté par Omar Sharif comme « son successeur », Saïd Taghmaoui est une figure incontournable dans le paysage cinématographique français, marocain et international. Il est l’un des rares acteurs arabes à s’être véritablement imposé dans le milieu hollywoodien, où il donne la réplique aux plus grandes stars mondiales. 

Pourtant, rien ne prédisposait ce fils d’immigrés marocain en France à une telle carrière. Rien, sinon sa prise de conscience précoce de « sa » différence et ce qu’elle implique comme « règles de survie ». Il quitte l’école assez tôt pour embrasser une éphémère carrière de boxeur au niveau national. Une aventure « salvatrice et éducatrice », qui sera suivie par la première éclosion artistique du jeune Saïd : la culture. La musique avec le rap, la peinture avec les graffitis et la danse avec le Break. Un artiste à part entière ayant pour objectif de se créer sa propre identité. Et à l’en croire, ce n’est qu’un début …

Une enfance étreinte de mésaventure

Né le 19 juillet 1973 en Seine-Saint-Denis, Saïd Taghmaoui abandonne rapidement ses études, préférant se consacrer à ses deux passions : la boxe et le cinéma. Son père est arrivé en France en 1954, en provenance du Souss, d’un village entre Essaouira et Agadir, avant que sa mère ne le rejoigne quelques années plus tard. Famille nombreuse, il a été élevé avec ses neuf frères et sœurs. 

Véritable décalage socio-culturel, une perte de repère intergénérationnel évident ont développé chez lui le besoin incessant de s’adapter voire de désirer changer d’horizon. Ses parents ? les phares de sa vie, n’éclairaient pas de la même manière que les parents d’à-côté, ni de la même manière que la vie elle-même dans cet endroit.

Malgré tout, il préconise une enfance agréable. Car s’il n’y avait pas beaucoup d’argent, il y avait de l’amour avant toute chose. Elevés dans cette ambition de devenir autre chose que ce qu’étaient ses parents, histoire de combler un tant soit peu le sacrifice qu’ils ont fait en quittant leur propre terre pour venir en France et leur donner l’opportunité d’un avenir meilleur.

Ses premiers pas dans le Septième Art.

En 1994, il fait ses premiers pas d’acteur dans le téléfilm « Frères : La roulette rouge » et se lance, la même année dans l’écriture d’un scénario avec Mathieu Kassovitz. En résulte « La Haine », film culte en noir et blanc dans lequel Saïd Taghmaoui tient l’un des rôles principaux. Le film obtient de nombreuses récompenses dont le César du meilleur film en 1996 et permet à Saïd Taghmaoui d’être nominé dans la catégorie Meilleur espoir masculin. 

Sa carrière en France est lancée mais Saïd Taghmaoui voit plus grand et se donne les moyens d’entamer une carrière à l’international en prenant des cours de théâtre et en apprenant d’autres langues. Pari réussi, puisque l’acteur tourne par la suite en Italie, en Allemagne ou encore au Maroc, son pays d’origine. En 1999, il parvient même à intégrer le casting du film « Les Rois du désert » aux côtés de George Clooney et Mark Wahlberg pour qui il lie une amitié sans fin. L’acteur poursuit son ascension à Hollywood en tournant dans de nombreux films tels que « Hidalgo » ou le blockbuster « G.I. Joe : Le Réveil du Cobra », entrant par la même occasion dans le cercle très fermé des acteurs français et marocain ayant réussi à percer aux Etats-Unis. Une histoire d’amour, entre l’acteur et le pays, qui n’est pas prête de prendre fin puisque l’acteur obtient la nationalité américaine en 2008.

Très demandé, Saïd Taghmaoui investit également la télévision avec le rôle de César dans la série « Lost » : puis réitère l’expérience en 2013 dans la série « Touch ».

Ce ne serait pas une haine intelligente que la haine du luxe. Cette haine impliquerait la haine des arts.” Victor Hugo – Les Misérables

Il est à jamais le Saïd de La Haine, film culte de toute une génération. La rencontre de Saïd Taghmaoui avec le cinéma est un destin inébranlable. En effet, mise à part ses valeurs et son talent inné, c’est grâce à un « cintre » que la première rencontre avec le cinéma a eu lieu. Un groupe de jeunes ados s’agglutine devant la sortie de secours d’un cinéma de la région parisienne. L’un d’entre eux sort de son sac ce qui a dû être un cintre. Il le passe dans l’interstice de la porte de sortie et l’ouvre avec le crochet. Ça marche. Ses 15 potes se précipitent dans la salle pour assister gratuitement à Rocky 3. Nous sommes au début des années 80, et parmi eux, se trouve Saïd. Saïd Taghmaoui. Il vient de découvrir deux passions : celle qui fera de lui un homme, la boxe et celle qui fera de lui un professionnel respecté du septième art, le cinéma.

« Je veux être le premier rebeu du ghetto français à gagner un Oscar”

L’ambition ne vieillit pas 

« Toute la substance de l’ambition n’est que l’ombre d’un rêve ».

Ambitieux, il l’est, plus de trente ans ont passé. Une cinquantaine de films, de séries et le théâtre dont il s’inspire au quotidien. Beaucoup de coups de poing dans les sacs de frappes aussi. On connaissait l’acteur, on découvre l’homme. C’est un tourbillon. Saïd Taghmaoui pose devant vous sa vérité, se nourrit d’aphorismes pour encadrer sa morale. L’ambition de faire le bien est la seule qui compte. D’ailleurs c’est l’une de ses devises : “Ne promets rien quand tu es heureux, ne répond rien quand tu es en colère et ne décide rien quand tu es triste”. Un plaisir à manier les bons mots des autres qui lui a donné un certain sens de la formule. Par exemple, il définit le métier d’acteur comme « une science inexacte basée sur le désir des autres”. 

“Nous les cancres, quand on se met au travail, c’est sans répit”

S’il faut 10 secondes pour se rendre compte que l’homme est vif, voire guilleret, il faut 10 minutes pour le savoir aussi éraflé : “ce métier, c’est un mini-traumatisme permanent. Chaque rôle est une psychanalyse”. Pour lui et bien qu’il ait conquis Hollywood, acteur ce n’est pas que de l’art, c’est aussi de la contestation. Le poing serré, il affirme : “Il est important de garder une dimension militante”. Et pour appuyer son propos, il cite Cocteau : “Les artistes qui ne se préoccupent pas des maux du monde sont des artistes qui ne m’intéressent pas”, en ajoutant que c’est la culture qui l’a sauvé. Une culture qu’il a été chercher tout seul, en autodidacte. « Nous les cancres, quand on se met au travail, c’est sans répit parce qu’on est convaincu du gouffre qui nous sépare des autres ».

J’ai dû émigrer pour exister

Ce gouffre, il va faire un grand pas pour l’enjamber dès son premier rôle dans un long-métrage, La Haine, de Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel qui reçoit le prix de la mise en scène à Cannes en 1994. Un coup d’essai transformé en coup de maître pour un film qui cumulait les handicaps pour réussir sur la Croisette : consacré à la banlieue, en noir et blanc, porté par un réalisateur et une triplette d’acteurs peu connus. Grâce à sa maîtrise des langues, les portes italiennes, espagnoles et anglaises s’ouvrent à lui. Et bientôt celles de l’Eden cinématographique : Hollywood. De cette époque, Saïd garde une sensation : celle d’être sur un tapis volant. Et pourtant, alors qu’on peut imaginer le tremplin que représente un tel succès, il décide de tout lâcher et de presque recommencer de zéro en partant aux Etats-Unis. Parce qu’il ne se sent pas désiré comme acteur en France : “j’aurai rêvé de faire ma petite vie ici. Mais qu’est-ce que tu fais d’une meuf qui ne veut pas de toi ? Il faut mieux se barrer. J’ai du tout reconstruire”. C’est alors que ce fils d’immigrés marocains prend à son tour l’avion. Exister, c’est d’abord devenir un acteur, un vrai. 

Un miracle qui me rassure sur mon talent universel

C’est donc sûrement pour laisser la chance à son talent de s’épanouir que Saïd Taghmaoui est parti. « J’adorerais jouer Aramis, ou un aristocrate français. Aux Etats-Unis, c’est le genre de truc possible. Ça marche, avec de l’imagination. On peut te faire jouer autre chose de ce que tu dégages physiquement ».

Une quinzaine d’années après son départ, Saïd Taghmaoui a réussi son pari. Sa persévérance a payé : Il a joué avec les plus grands acteurs : George Clooney, Kate Winslet, Viggo Mortensen, Dustin Hoffman… a participé à une série culte, Lost, Homeland. Il a partagé l’affiche avec Christian Bale, Bradley Cooper et Jennifer Lawrence dans American Bluff. Il interprète le rôle principal de Linear, un film accompagnant la sortie de l’album No Line on The Horizon de U2 :  “encore un miracle qui me rassure sur mon talent universel”. Le New York Times dit de lui que c’est le Français qui a le plus tourné aux Etats-Unis depuis Maurice Chevalier. Cette réussite, Saïd s’en méfie comme s’il ne l’avait pas tout à fait apprivoisé : « le succès n’est pas compatible avec l’humain », tranche-t-il.

Mark Wahlberg le “brother from another mother”

A l’ombre des lettres blanches géantes qui surplombent le Mont Lee à Los Angeles, Saïd Taghmaoui a aussi rencontré son “brother from another mother” comme il le dit en anglais de la rue, son frère d’une autre mère : un certain Mark Wahlberg … qui ne tarit pas d’éloge sur son pote : “Je l’ai toujours trouvé énergique, humble et très drôle” dit-il de lui par mail à Metronews : “Il met tout ce qu’il a dans tout ce qu’il fait et j’aime à titre personnel le voir sur un écran. Et le plus important de tout : je vois toujours le personnage qu’il joue avant de voir Saïd, l’ami. Des éloges que lance aussi le producteur Eric Weinstein, proche des deux acteurs : “Il connaît très bien le monde dans lequel on vit. J’aime être avec lui, dans une voiture, sur un plateau de tournage ou dans un restaurant à boire un bon Bordeaux. Il est toujours partant pour un morceau de rigolade”.

Saïd Taghmaoui : un acteur qui n’est jamais là où on l’attend. On le croyait définitivement marié à la Mecque du cinéma et le voilà qui joue dans un film marocain, Ali Zaoua. On parle de lui comme rangé du Star System français et on le retrouve sur le casting de Wanted, aux côtés de Hallyday, Depardieu et Renaud …

En fait, Saïd n’est pas iconoclaste, il est juste cohérent. « Je choisis un film en fonction de critères très simples. L’intérêt de l’histoire à raconter, la qualité des gens avec qui je vais travailler, ce que je peux apporter au rôle et ce qu’il peut m’apporter. Point. Tout le reste, je m’en f… ».

Le sport : une confession 

La boxe a aussi été une sorte de tuteur virtuel, qui aurait pris le relais de l’éducation parentale. Une discipline, la rigueur, le respect du travail. Canaliser son énergie et mieux contrôler sa rage sont devenues ses maitres-mots. Mieux aborder la vie, mieux respirer, …

“Si tu baisses la garde, tu prends une droite”

Et c’est vrai que Saïd Taghmaoui fait souvent des blagues. Auxquelles il rit de bon cœur ajoutant « pas mal, celle-là, hein ? » dans un clin d’œil. Mais c’est tout un patchwork d’émotions dans lequel l’acteur se drape. Parfois, la mélancolie l’envahit et on sent que l’enfant d’Aulnay n’a pas toujours été sûr de son charisme. « J’ai appris à me regarder, à m’apprécier et à me respecter grâce à l’art ». La boxe lui permet de s’entretenir « je suis un des acteurs français qui peut enlever la chemise ». Mais plus important que la dimension physique, Saïd Taghmaoui voit dans son sport une métaphore de la vie : « Si tu baisses ta garde, tu prends une droite (…) ce sport m’a apporté les valeurs de respect, de rigueur, et de discipline. Tout ce qui allait me constituer en tant qu’être humain (…) En boxe, tu ne peux pas tricher » conclut-il. Avant d’ajouter : « En banlieue, tu n’as pas de structure. La boxe fait office de colonne vertébrale ».

Ce n’est plus un principe d’intégration mais d’acceptation 

Étant donné que Saïd Taghmaoui vient d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, la banlieue parisienne. Même s’il vit aux Etats-Unis, le natif de Villepinte garde un œil attentif sur ce qu’il se passe dans son pays, la France mais aussi le Maroc. Il dit avoir « la responsabilité intellectuelle de tous les mecs qui [lui] ressemblent ». Saïd est convaincu que la principale difficulté française est le concept d’intégration, “une utopie française” : « On est tous intégrés puisqu’on cotise pour la France. Le problème, ce n’est pas l’intégration, c’est l’acceptation ». Même s’il concède qu’”il y a des connards partout”, il affirme : “on a essayé beaucoup de choses en banlieue mais on n’a jamais essayé l’amour”. Paroles d’un acteur révélé par La Haine.

Ce n’est pas chez Ardisson ou sur les pages People de Voici que vous risquez d’apercevoir Saïd Taghmaoui. C’est plutôt sur la toile des salles obscures que ce Franco-Marocain préfère exposer son meilleur profil. Celui d’une valeur montante mais affirmée du cinéma international, slalomant tour à tour entre Blockbusters hollywoodiens et productions plus intimistes.

Le Maroc et ses passions

Spontanément, il n’hésite pas à aider les jeunes Marocains. Il suffit de suivre ses story’s sur son compte Instagram. Pendant le confinement, il partageait son quotidien dans le sud Marocain avec vigueur. Il a la niaque « Nefss dial blad » de voir son pays changer, évoluer. L’acteur franco-marocain le plus adulé du moment, un héros des temps modernes, sourire charmeur et teint hâlé fait la fierté de toute une génération de Marocains. 

Ponctuel, c’est un addict des montres ! Audemars Piguet, Rolex, Patek Philippe, il est devenu l’ambassadeur des montres Christophe Claret. Autant de merveilles mécaniques fidèles aux valeurs qui ont toujours été chères à cet horloger. Innovations, perfection, passion et originalité. Cette passion, lui a valu d’être agressé à Los Angeles aux USA pour sa montre Patek Philippe Nautilus, résultats, une profonde entaille au bras. Saïd Taghmaoui, dont le charisme n’est plus à démontrer, est amoureux de l’exclusivité. De Sergio Tacchini à la passion de l’automobile, aux éditions spéciales Saïd Taghmaoui, rien n’arrête notre acteur.

Dernièrement, c’est son livre qui est sorti le 12 mai 2021 – « De la Haine à Hollywood » – , son passé, ses aventures et ses futurs projets. C’est une sorte de guide de confession pour les jeunes générations. Une autobiographie décapante, celle d’un auteur né avec La Haine mais animé d’un seul moteur, l’amour, de sa famille, de son entourage et ceux qui l’encouragent dans sa vie intrépide cinématographique. Sans filtre, il raconte depuis son enfance dans la Cité des 3000, jusqu’à Los Angeles et son rapprochement du Maroc. L’existence infiniment romanesque d’un jeune de banlieue qui a percé, parfois de manière cocasse, au rang des grandes stars du cinéma international. 

Souvent en colère contre les systèmes et la mauvaise foi, il reste cependant, toujours lucide. Il nous confie ses rêves et ses désillusions, ses combats et ses réussites, sa fragilité et sa timidité dans un monde sans pitié. Un acteur qui n’a jamais oublié d’où il venait. Un itinéraire exemplaire d’un homme-acteur accompli : on espère avoir un interview avec ce géant du cinéma qui représente à travers sa personnalité, le Maroc au niveau mondial. 

Ismail Chiadmi
Ismail Chiadmi
Développeur et déclencheur d’opportunités – je mise sur le goût du challenge et de la performance pour davantage de polyvalence. Vecteurs de créativité et d'expression, les réseaux sociaux sont ma vocation. Mes passions sont mes priorités dans la vie quotidienne

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