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L’affaire du « faux médecin de Marrakech » : entre charlatanisme, sextorsion et perversion sexuelle

L’affaire du « faux médecin de Marrakech » : entre charlatanisme, sextorsion et perversion sexuelle

Selon de nombreuses sources récoltées par Maroc Info, un certain « Dr. Youssef Benchekroun » alias doc.ben.officiel sur Instagram se fait passer pour un médecin afin de profiter de la vulnérabilité de jeunes filles marocaines dont des mineures à travers son compte Instagram. Voici l’affaire du « faux médecin de Marrakech »

L’affaire du « faux médecin de Marrakech »  débute en février 2021. En premier lieu, l’autoproclamé sexologue, psychologue, gynécologue et thérapeute propose des consultations psychologiques et relatives à la sexualité sur son compte Instagram gratuitement. Au premier abord, ce compte semble crédible et inspire confiance à ses « followers », qui s’élèvent à près de 5000. Jusqu’au jour où Mehdi, jeune instagrammeur engagé sur les réseaux sociaux sous le compte de NoHchouma constate une anomalie dans les propos de ce « médecin ». Ce dernier fait un post sur la manière de s’habiller des jeunes filles marocaines dans la rue. Nous pouvons y lire des propos sexistes et misogynes : « Je suis sorti hier et je n’ai aperçu aucune femme sans que je voie son derrière, sachant qu’on est en hiver ». À la suite de cela, Mehdi Nohchouma décide de relayer le post et de prévenir sa communauté du caractère contradictoire du « docteur ». Une première campagne de communication est donc lancée, et est accompagnée de nombreux témoignages attestant de l’escroquerie du fameux « sexologue ». Ce dernier finit par supprimer son compte Instagram, le réactiver  quelques semaines plus tard puis le re-supprimer. Par ailleurs, nous avons contacter le Conseil national de l’ordre des médecins de Marrakech qui nous a affirmé qu’il n’existe aucun Youssef Benchekroun exerçant en tant que sexologue ou gynécologue à Marrakech.

Selon les témoignages reçus par Maroc Info, le certain « Youssef Benchekroun » a fait de nombreuses victimes. Le processus est presque identique pour toutes les victimes. Il s’agit d’un lavage de cerveau perpétré par ce qu’on appelle un « pervers narcissique et sexuel ». En premier lieu, il contacte de jeunes femmes pour leur proposer des consultations gratuites via Instagram. Celles-ci lui font confiance grâce à sa manière « professionnelle » et convaincante de s’adresser à elles. Au fur et à mesure des conversations, le « médecin » révèle son côté prédateur en demandant des photos dénudées aux jeunes femmes. Il les incite également à faire des appels vidéo où ils leur demandent de se caresser les parties intimes, tout en exposant l’argument qu’il s’agit d’une « auscultation ». Le lavage de cerveau qu’il exerce sur les victimes réside dans le fait qu’il profite de la vulnérabilité psychologique de celles-ci.

Madame M, une mineure de 17 ans et survivante d’un viol, le contacte dans le but d’avoir un soutien psychologique de sa part. Elle lui raconte son histoire de vie ainsi que les souffrances affectives et sociales endurées à la suite de son viol. Il lui propose alors un appel vidéo où, au fil de la discussion lui demande si elle a déjà essayé de se masturber. Elle ne comprend pas le rapport avec « l’auscultation » et se sent extrêmement gênée. Il lui demande ensuite de baisser la caméra vers ses seins et les caresser pour «  vérifier si cela a eu un impact sur son cycle menstruel ». Il insiste pour qu’elle se déshabille tout en rappelant qu’il agit en tant que médecin et qu’elle est contrainte de se déshabiller pour qu’il puisse avoir une meilleure vision. Sous la pression exercée par le « médecin », elle finit par raccrocher. La jeune victime raconte également qu’il lui a révélé qu’il était marié avec deux enfants. Il n’en demeure que  ce dernier prétexte qu’il est célibataire sur ces réseaux. Elle se rend compte de l’arnaque à travers « les propos contradictoires qui existent entre ce qu’il dit durant les appels vidéo et ce qu’il poste sur Instagram ». Rappelons qu’au-delà des actes de sextorsion (utilisation d’une forme de manipulation psychologique visant à obtenir des vidéos ou photos à caractère sexuel), le « médecin » peut être accusé de pédophilie dans la mesure où la victime est mineure.

Madame J fait face à la même manipulation de la part du faux médecin. Elle nous raconte qu’elle fait appel à l’aide du «  sexologue » afin de lui faire part de souffrances psychologiques liées à sa sexualité. Elle le contacte le soir, vers 23 heures mais assume qu’il répondra le lendemain « durant ses heures de travail…Mais il s’est avéré qu’il était gentil et a répondu instantanément ». Le « médecin » engage alors la conversation vidéo en incitant la victime à raconter son expérience et en lui assurant qu’il « a un cabinet à Marrakech ». Au fur et à mesure de la discussion, le « docteur commence à poser des questions bizarres comme est que tu te masturbes ? ». Il demande à Madame J de le faire directement pendant l’appel vidéo. Elle refuse gentiment. Ce dernier (du faux médecin) lui rétorque : « Tu fais n’importe quoi de ta vie. Si tu n’acceptes pas je ne pourrais pas t’aider. Tu es une personne coincée ».  Madame J s’est alors sentie coupable, pensait que c’était sa faute et s’excuse auprès de lui. Il répond  : « Pas de soucis, je serais là quand tu seras prête ». Elle finit par se rendre compte de la supercherie et le bloque sur les réseaux.

Le faux médecin « Youssef Benchekroun » contacte Madame L sur Instagram et accepte sa demande. Elle lui fait confiance car «  son profil était professionnel, avec des photos et des articles. Il disait qu’il était sexologue et médecin…Il a essayé de me draguer en commentant mes photos et en me disant que j’étais belle et sexy. » Madame L l’a contacté à la suite d’un commentaire sur une de ses photos où il avait fait une remarque sur des « boutons anormaux sur son corps ». Il lui demande de bien lui montrer les boutons qu’elle a sur le corps, sur ses mains, ses pieds et ses fesses par vidéo. Elle refuse pour ensuite réussir à la convaincre de s’appeler en vidéo afin d’en parler directement. Il commence par lui demander si elle est sexuellement active et si elle se protège. Il lui demande également si « elle sortait avec des hommes en échange d’argent ». Il lui a offert des services d’escorting en compagnie de ses amis en lui assurant qu’ils payaient bien. Il lui demande de montrer ses seins sur la caméra pour l’ausculter « virtuellement » afin de vérifier si elle souffrait d’une quelconque pathologie. Elle refuse encore une fois. A la suite de cela, le « médecin » baisse la caméra et montre à Madame L ses parties intimes. Elle se rend compte alors qu’il s’agit d’un « pervers et d’un psychopathe » et finit par le bloquer.

Madame Z est la quatrième victime dont nous avons reçu le témoignage. Elle nous raconte que le « médecin » l’avait attiré dans son panneau en lui disant que « la taille de ses seins n’était pas normale ». Elle se trouvait dans une situation vulnérable psychologiquement parlant, n’ayant pas confiance en elle et en son corps. Il en a donc profité pour insister à ce qu’elle lui montre ses seins en appel vidéo afin de pouvoir vérifier. Cette dernière lui a fait confiance tout en cachant son visage. Selon les propos de Madame Z : «  Il me paraissait normal et parlait normalement jusqu’au moment où il a commencé à se  caresser les parties intimes ». Elle s’est alors doutée de sa crédibilité et lui en a fait part. Avant de la bloquer, il lui répond : « vous ne méritez pas d’avoir un sexologue à votre disposition comme moi ».

Kaoutar Erjati
Kaoutar Erjati
Rédactrice en Chef. Détentrice d’une licence en sociologie et étudiante en master « Études sur le genre » à l’Universite d’Angers, je me suis lancée dans l’aventure du journalisme afin de pouvoir présenter les thèmes qui nous concernent, en tant que jeunes marocain.e.s, sous un angle sociétal. Je suis également artiste peintre à temps partiel. Mes œuvres me permettent d’ailleurs d’allier entre mes engagements personnels et mon amour pour l’art.

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